« La lettre du Président »

Mes chers amis,

On peut dire que les vœux formulés, ici-même en 2016, ont été partiellement exaucés, car notre communauté a connu une année 5777 plus sereine que les trois précédentes.
2014, 2015 et 2016 avaient, en effet ébranlé la communauté nationale et encore plus particulièrement la communauté juive avec des attentats et des assassinats sans précédents par leur répétition et le nombre des victimes.
Comme l’a souligné récemment notre Président d’Honneur, Eric de Rothschild, président du SPCJ,
« les efforts de prévention, tant de la communauté nationale que du SPCJ ont porté leurs fruits, car les statistiques du Ministère de l’Intérieur montrent une très nette baisse des actes racistes et antisémites en France…il faut se réjouir de cette évolution et en savoir gré aux Pouvoirs Publics, et en particulier à la Police et à l’Armée ».
Toutefois, la vigilance est toujours de mise, des événements récents, comme l’assassinat de Sarah Halimi ou la séquestration de la famille de notre ami Roger Pinto montrent que, malgré les évidences, il est difficile pour les élus ou même pour les enquêteurs de reconnaître le caractère antisémite, pourtant avéré, de ces forfaits.
Dans d’autres domaines prêtant moins à médiatisation, des inscriptions antisémites sur des installations sportives de province sont caractérisées de
« dégradation de mobilier urbain » par les élus locaux, ou encore prend-on comme excuse des considérations écologiques ou architecturales pour refuser que des mécènes juifs puissent faire inscrire leurs noms sur des bâtiments culturels !
Insidieusement, et par électoralisme, la mémoire juive millénaire, de notre pays se voit progressivement effacée.

Même si cette mémoire s’est très unanimement rallumée au sein de la Nation tout entière lors de la disparition prématurée de cette grande dame que fut Simone Veil, femme de courage, de convictions et exemple de dignité dans la transmission de l’Histoire…
Même si les thèmes sécuritaires se sont largement invités lors des différentes campagnes électorales des primaires de droite comme de gauche, de la présidentielle comme des législatives…
Même si on a largement fustigé, à gauche comme à droite l’islamisme radical importé dans nos banlieues et dans l’espace public…
…les solutions de long terme et en particulier la question primordiale de l’intégration par l’éducation n’a même pas été survolée.
Quant à l’interdiction du financement du même islamisme radical par certains états du Moyen-Orient, dès qu’il s’est agi de ballons ronds ou de sports hippiques comme dans la Rome antique, les média et les politiciens ont soudainement tout oublié.

Dès lors, à la Victoire, et à notre manière, nous avons voulu montrer comment la communauté juive parisienne et française avait su bâtir dans le monde complexe des 150 dernières années un exemple d’intégration à la communauté nationale en conservant les valeurs propres du Judaïsme et un attachement sans faille à l’Etat d’Israël.
C’est le cœur du sujet du « livre-événement » que la Commission administrative a fait éditer après les 3 ans du travail d’une vingtaine d’auteurs bénévoles passionnés, tous spécialistes dans leurs domaines.
Les auteurs y apportent un éclairage pertinent et de plus en plus actuel sur la gestion du fait religieux en France depuis 150 ans.
En quoi ce modèle d’intégration, imprégné d’universalisme juif et français, trouve-t-il son expression dans le modèle républicain de la France : un pays qui intègre ses juifs parce qu’ils le souhaitent et qu’ils partagent ses valeurs pour prendre une part active à l’histoire nationale ?
Quel présent et surtout quel avenir pour un tel modèle ?
Comment le poser, aujourd’hui, en exemple pour tenter de résoudre une partie des problèmes identitaires qui se posent à la société française du 21
ème siècle ?
Car, quant à son tour, la nation toute entière, et pas seulement sa composante juive, est attaquée dans ses fondements, comme cela a été le cas en 2015 et 2016, il n’est d’autre réponse que la réaffirmation des valeurs républicaines de liberté, d’éducation et de laïcité qui ont permis, pendant deux siècles aux juifs de construire cette histoire d’amour avec la France.
Evidemment nous avons diffusé et commenté largement cet ouvrage auprès des élus de la Nation, mais il convient à nous tous de le faire, à vous également, membres fidèles de cette belle synagogue de la Victoire, lieu de rencontre entre le Judaïsme et la République. Vous ne pouvez pas être que des spectateurs ou des témoins passifs, vous devez être, avec nous, les acteurs de cette prise de conscience.
Mais il faut le faire avec vigueur, en appelant les obstacles ou les ennemis de l’intégration par leur nom, sans rester dans le discours convenu et consensuel des élus, des médias ou même de certaines institutions juives.
Il ne peut y avoir dans ce domaine de discours politiquement correct. La parole juive, depuis 2500 ans, n’est pas politiquement correcte, c’est ce qui fait son originalité et surtout sa pérennité.
Alors pour formuler des vœux pour 5778, et au-delà des mots que nous lisons tous les Chabbat dans la Prière pour la République Française, et que chrétiens et musulmans devraient, eux-aussi, reprendre avec nous en s’adressant à l’Eternel :
«…que les rayons de Ta lumière éclairent ceux qui président aux destinées de l’Etat afin qu’ils fassent régner dans notre pays la paix et la justice. Amen »
Souhaitons que 5778, avec l’aide de D…, permette à nos dirigeants de retrouver le discernement dans l’expérience que nous leur apportons, afin que cette année nouvelle soit une année de paix pour toutes nos communautés juives et pour Israël, au-dessus duquel les nuages se rassemblent à nouveau.
Souhaitons que vos familles, nos familles, retrouvent définitivement sérénité et prospérité, et qu’ainsi notre synagogue puisse continuer à afficher, grâce à votre soutien actif, sa vocation largement exprimée de culture, de convivialité, de jeunesse et d’ouverture à la Cité.
Chana Tova Oumetouka à toutes et tous,
A Guit Yuhr,


Jacques Canet
Président de la synagogue